La Libération de Rânes (Orne) en Août 1944  

La Résistance et le réseau Foccart

    
 www.ranes1944.org 

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En 1941, Jacques Foccart et Henri Tournet se sont associés pour exploiter une coupe de bois située à La Forêterie, à deux kilomètres environ du bourg de Rânes sur la route d'Écouché; cette exploitation devait devenir le centre de la résistance à Rânes.

Les principales sources documentaires publiées qui décrivent les activités de Jacques Foccart et de son groupe de résistants à Rânes et dans les environs sont :
  • André Mazeline, Clandestinité : La Résistance dans le département de l'Orne, Première édition: La Ferté-Macé, 1947. Réédition: Tirésias, 1994
    voir pp. 57-58,  132-135
  • Pierre Péan, L'Homme de l'ombre, Fayard, 1990
    voir les chapitres 8 ("Du bois pour l'Organisation Todt"), 10 ("La Chasse est ouverte") et 11 ("l'Affaire Van Aerden")
  • Jacques Foccart, Foccart parle, entretiens avec Philippe Gaillard, Fayard - Jeune Afrique, tome I, 1995. voir pp. 39-56
  • La Résistance dans l'Orne, CD-ROM publié par l'AERI [Association pour des Études sur la Résistance Intérieure], 2005, ISBN : 2-915742-12-X
  • Stéphane Robine, Quatre années de lutte clandestine : les résistants du Bocage ornais. Flers : Le Pays Bas-Normand
    - tome 1, 2004 (paru en 2005), voir pp. 174-176, 181-195
    - tome 2, 2005 (paru en 2006), voir pp. 24, 75-82, 90, 141-148, 177, 179, 182
  • Jean-François Miniac, Les grandes affaires criminelles de l'Orne , éd. De Borée, Paris, 2008 
    voir les chapitres:
    "La terre de France buvait son propre sang. Affaire Émile Buffon, Joué-du-Plain, Non résolue, 16 juin 1944", pp. 153-177
    et "Dans le secret des futaies. Affaire François Van Aerden, Lougé-sur-Maire, Non-lieu, 1er septembre 1944", pp. 179-194
  • article Jacques Foccart sur Africa Ciel

Voir aussi les articles suivants sur Wikipedia:

Plus de soixante années après les faits, plusieurs aspects de la résistance à Rânes et dans les environs restent des sujets sensibles et controversés. Nous renvoyons le lecteur intéressé aux ouvrages mentionnés ci-dessus.

Jacques Foccart

Jacques Koch-Foccart (31 août 1913, Ambrières-le-Grand –19 mars 1997), dit Jacques Foccart, était un conseiller politique français, secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974.

La Résistance

Il prend contact avec la Résistance en 1942 sur sa terre natale. Après des faits de résistance en Mayenne et dans l'Orne, il rejoint Londres et le BCRA. [1]
Le 27 avril 1944, lieutenant-colonel, il franchit sous les balles un barrage de la Feldgendarmerie dans l'Orne. Son adjoint, Roger Le Guerney, est tué en le protégeant de son corps. Au moment du débarquement de Normandie, il est chargé du plan "Tortue" [2]. Le commandant Mazeline, chef départemental des FFI de l'Orne, à ce titre chargé à ce niveau du plan Tortue, qualifie l'action de Foccart de fantomatique dans Clandestinité. Son nom est évoqué par la SRPJ de Rouen en 1953 comme étant lié à deux énigmes criminelles, l'affaire François Van Aerden à Rânes et l'affaire Emile Buffon à Joué-du-Plain en 1944.
En octobre 1944, il est à nouveau à Londres où il rejoint les services spéciaux alliés. Il monte avec François Mitterrand, alors responsable des prisonniers de guerre, l'opération Viacarage [3]

L'homme politique

D'abord membre du conseil national, puis secrétaire général adjoint, il remplace en 1954 Louis Terrenoire comme secrétaire général du RPF sous la IVe République.

Monsieur Afrique

En 1952, il est coopté par le groupe sénatorial gaulliste pour participer à l'Union française, censée gérer les rapports de la France avec ses colonies. En 1953, il accompagne de Gaulle dans un périple africain. Il fait la connaissance à Abidjan d'Houphouët-Boigny.
Il revient au pouvoir en 1958, en étant nommé par de Gaulle au poste de conseiller technique à l'Hôtel Matignon, chargé des affaires africaines. [4]
C'était le « Monsieur Afrique », homme de l'ombre du général Charles de Gaulle, puis de Georges Pompidou.
Homme de réseaux et de l'ombre, il joue un grand rôle dans la politique étrangère africaine à partir de 1960, au point qu'on a pu dire qu'il était, après De Gaulle, l'homme le plus influent de la Ve République. Il a été souvent considéré comme étant l'instigateur de nombreuses conspirations etcoups d'État en Afrique durant les années 1960 [5].
Proche du Maréchal Mobutu, il fut en 1967 un acteur important du soutien de la France à la sécession biafraise, par mercenaires interposés et dons d'armes.
Des critiques du gaullisme aiment à insinuer que deux bureaux se faisaient face au gouvernement : le bureau du Premier Ministre pour la métropole, et celui de Foccart pour la Françafrique.
Il fut le co-fondateur du Service d'action civique (SAC).
Ce qui a été appelé les « réseaux Foccart » était constitué d'un carnet d'adresses très fourni qui faisait remonter jusqu'à lui les diverses tendances composant les relations franco-africaines et de liens étroits avec les services secrets (SDECE, DST).
Son rôle ne se limitait pas à l'Afrique, puisqu'il était chargé par de Gaulle à la fois des services secrets et du suivi des élections et en particulier des investitures durant les années 60. En 1969, pendant le bref passage d'Alain Poher à l'Elysée, une commode qui permettait d'enregistrer les autres pièces du palais fut découverte. L'affaire fut dévoilée par le Canard enchaîné et connue sous le nom de commode à Foccart. [6]
Jacques Foccart a été l'un des initiateurs principaux d'une certaine politique française en Afrique appelée « Françafrique » par ses détracteurs - terme emprunté à Houphouët-Boigny, repris par François-Xavier Verschave dans ce sens dans son ouvrage La Françafrique, le plus long scandale de la République - et qui se serait poursuivi sous François Mitterrand avec le fils de ce dernier, Jean-Christophe.

Notes et références

[1]. Il est enregistré sous le nom de Binot, référence au Boulevard Bineau, de Neuilly-sur-Seine, où il a habité
[2]. Il faut ralentir par des attentats l'acheminement des blindés allemands vers le front de Normandie.
[3]. Son objectif est la libération des camps de prisonniers et de concentration : la plupart des hommes ayant participé sur le terrain à cette mission périlleuse y laisseront la vie.
[4]. Dès lors, il dirige les services secrets pour tout ce qui concerne l'Afrique : chaque mercredi, il reçoit le général Grossin, directeur du Sdece, pour lui transmettre sur ce dossier les consignes de l'Elysée
[5]. Il n'est pas un coup ayant eu lieu en afrique qui ne lui ait été attribué, jusqu'à l'assassinat de Ben Barka, en 1965, avec la femuse formule répétée à l'audience : Foccart est au parfum.
[6]. En première page du Canard enchaîné du 4 juin 1969, on peut lire en surbandeau l' Histoire de la commode à Foccart qui renvoie en page 2, où il est question de la découverte de la dite commode. Le journal ajoute : Cette découverte a eu l'avantage de mettre en évidence un petit fait qui en dit long : les propos tenus dans les propres bureaux de De Gaulle étaient écoutés et enregistrés par Foccart. Foccart porte plainte contre le journal relevant entre autres les insinuations malveillantes lancées contre lui de manière épisodique, le présentant comme le chef d'une police parallèle, ou l'Eminence grise du chef de l'Etat.... Durand 10 semaines, le Canard instruira à l'avance le procès de M. Foccart, avec une page d'enquête et d'échos chaque semaine. Fin janvier 1970, le tribunal de grande instance de Paris se déclara incompétent et condamne Foccart aux dépens, au motif que Le canard avait attaqué Foccart homme public, dans sa fonction et que c'était Foccart privé qui s'estimait diffamé. Le4 novembre 1970, la cour d'appel déboute Foccart.

Article Jacques Foccart sur l'encyclopédie Wikipedia

Voir aussi: Interview de Jacques Foccart à propos de la sortie de son livre "Foccart Parle"
Extrait du journal de 20h d'Antenne 2 du 10 février 1995

Article Jacques Foccart sur Africa Ciel


Le commandant André Mazeline et Jacques Foccart

Le commandant André Mazeline était le chef départemental des F.F.I. pour l’Orne depuis le 20 juin 1944 ; il a succédé à Daniel Desmeulles arrêté le 13 juin.
Le commandant Mazeline est resté dans l’armée après la guerre et a publié
Clandestinité : La Résistance dans le département de l'Orne (Première édition: La Ferté-Macé, 1947. Réédition: Tirésias, 1994), témoignage de première main et incontournable sur la résistance dans ce département.

Il cite brièvement dans cet ouvrage le groupe de résistance constitué par Jacques Foccart :
« il est impossible, faute de renseignement précis, de s’étendre ici sur le rôle et l’activité de ce groupement qui a fait cavalier seul et qui n’eut que des rapports très indirects avec les autres organisations si ce n’est avec le B.O.A. » (Clandestinité pp. 57-58).

En réponse aux observations qui lui ont été faites lors de sa demande d’autorisation pour la publication de son livre, Mazeline a rédigé en 1948 la réponse reproduite ci-dessous.


« II n'entrait pas, dans le cadre de mon ouvrage, de traiter du PLAN TORTUE à l'échelon régional, puisque je me suis borné à l'étude de la Résistance pour le Département de l'Orne seulement. Et le sujet m'était facile, car, l'application du PLAN y fut l'œuvre, dans sa presque totalité, des F.F.I. placés sous le commandement de DESMEULLES et le mien.
Or, en indiquant les résultats obtenus, résultats qui placent l'Orne parmi les tous premiers des douze départements chargés de l'exécution du PLAN, je n'ai pas l'impression d'avoir déformé défavorablement la stricte appréciation historique, ni surtout la vérité historique.
Peut-être n'ai-je pas attribué les mérites de cette exécution du Plan à ceux qui, par la suite, les ont accaparés et s'en réclament officiellement. Mais, ayant vécu la période de Janvier à Août 1944 d'abord comme adjoint au Chef départemental A.S. puis comme Chef départemental F.F.I. moi-même, j'étais assez bien placé pour juger de la question.
Et l'opinion moins sévère que ma pensée que j'émets dans mon livre sur M. FOCCART et ses groupes se justifie largement par les faits.
D'ailleurs cette critique qui m'est adressée au sujet du PLAN TORTUE pourrait l'être également à propos de toutes les missions F.F.I. qui, elles aussi, avaient une origine, une portée et un sens dépassant le cadre du département.
Mais je ne doute pas que d'autres aient déjà fait leur rapport sur cet important sujet et je comprends fort bien pourquoi les conclusions de mon étude ne coïncident pas avec celles de ces rapports officiels.
Aussi une mise au point m'apparaît-elle utile.
Le héros « accrédité » du PLAN TORTUE pour les régions de l'Orne, de la Mayenne et du Calvados serait M. FOCCART, pseudo « BINEAU » sous-Officier en Janvier 1944, sous-Lieutenant en février, Capitaine en août, Commandant en septembre, Lieutenant-Colonel en novembre 1944. Primitivement M. FOCCART ne semblait nullement destiné à une aussi rapide et glorieuse fortune. Il était en effet chargé de la responsabilité du sous Secteur A.S. de RANES (étendue territoriale d'un canton). Il faut croire que ce Commandement modeste ne correspondait pas à ses ambitions puisque, sans même en référer à ses Chefs directs, il est entré en contact avec une autre organisation afin d'y jouer un rôle toujours demeuré assez mystérieux.
L'organisme en question était le Réseau Action TORTUE.
Néanmoins, la responsabilité de l'exécution du PLAN pour l'ORNE fut confiée à DESMEULLES, Chef Départemental A.S., à la suite d'entretiens avec SYLVAIN, ERIC, FANTASSIN et auxquels j'assistais en tant qu'adjoint de DESMEULLES à l'époque.
Ce dernier reçut la mission d'adapter aux conditions géographiques et aux circonstances les consignes d'ordre général reçues à ce sujet, avec l'aide de son État-Major F.F.I. Il conçut un Plan d'action, constitua des équipes spéciales, prit en charge l'armement anti-char et en assura la distribution.
M. FOCCART, qui prétendait avoir une activité autonome, ne participa nullement à cette action préparatoire.
La mission « TORTUE » fut donc incluse dans l'ensemble des missions confiées aux F.F.I. du Département. Le mérite de son exécution revient à eux seuls et à leurs Chefs.
II est d'autant plus étonnant de voir M. FOCCART se l'attribuer que le 9 juin 1944, ses agents, reçus par DESMEULLES et moi au Maquis de FRANCHEVILLE nous déclarèrent que l'heure de l'action immédiate n'avait pas encore sonné pour eux et que les groupes anti-panzer « BINEAU » n'étaient pas encore entrés à cette date dans une phase active de combat.
Il eut pourtant semblé normal qu'il en fut autrement, puisque les opérations de retardement de montée des renforts ennemis avaient d'autant plus d'intérêt qu'elles étaient entreprises au cours de la période critique du début du débarquement.
Cette entrevue de FRANCHEVILLE fut d'ailleurs le seul contact que les F.F.I. de l'ORNE eurent, jusqu'à la Libération, avec celui qui se prétendit par la suite leur responsable « TORTUE ».
Par ailleurs, de son activité personnelle, aucun écho ne nous est parvenu. Aussi, les agissements de M. FOCCART, en septembre 1944, n'ont-ils abusé personne parmi les F.F.I., lorsqu'il a revendiqué pour son compte personnel le bénéfice d'une action qu'il n'avait ni montée, ni réalisée, ni dirigée et lorsqu'il a incorporé à son Réseau des déportés et des morts qui étaient avant tout et seulement F.F.I.
Je ne discute en aucune façon le mérite des Responsables Régionaux TORTUE qui sont tombés dans l'accomplissement de leur mission, en s'en acquittant d'une façon irréprochable et souvent magnifique. Mais je ne veux pas entrer dans le jeu de ceux qui se sont cru autorisés à prendre et à exploiter leur succession.
D'ailleurs, j'ai évité, dans mon ouvrage, d'avoir à donner mon opinion personnelle sur l'exécution du PLAN TORTUE. Mais je suis fermement persuadé qu'il n'a pas atteint son but initial : le fameux retard de huit heures. Toutefois, à d'autres points de vue, ses résultats peuvent permettre de le considérer comme un succès.
La question de l'Histoire de la Résistance est délicate, elle doit s'entourer de garanties sérieuses. Et il est certain que le témoignage de ceux qui l'ont vécu en offre bien davantage que les rapports de ceux qui en ont vécu. »

Extrait de : Clandestinité : La Résistance dans le département de l'Orne (Première édition: La Ferté-Macé, 1947. Réédition: Tirésias, 1994). pp. 132-135 © Tirésias, 1994
Publié avec l'aimable autorisation des Éditions Tirésias